Le tourisme : Des pertes incommensurables, mais pas irréparables

Après une difficile période de résilience, le chantier de la relance s’enclenche. Une relance qui s’amorce timidement. Très timidement certes, mais elle se dessine quand même. Très extravertie dans son mode de financement, l’économie sénégalaise s’en trouve grippée.

Dans le monde, les pertes sont estimées à 1.300 milliards de dollars en 2020. Un chiffre qui représente plus de 11 fois la perte enregistrée pendant la crise économique mondiale de 2009.
L'année 2020 restera la pire de l’histoire du tourisme, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).
Signe que le contexte sanitaire reste encore préoccupant, près de 69 destinations mondiales, sur 217, sont complètement fermées aux touristes internationaux, selon le dernier rapport de l’OMT. Un scepticisme partagé par la banque d’affaires Morgan Stanley, qui a récemment averti que les destinations touristiques favorites ne devraient pas s’ouvrir à la même échelle en raison de la lenteur du déploiement des vaccins, combinée à la propagation des variants de la Covid-19.
Même si l'arrivée des vaccins a redonné espoir au monde du tourisme, l'Afrique n'a pas encore mis en place son plan de relance encore moins les acteurs privés concernés au premier chef. Et tout indique que la saison 2021 sera à nouveau chaotique pour l’ensemble des acteurs du voyage. Déjà, au premier trimestre, la crise sanitaire a continué de paralyser l'activité touristique sur le Vieux Continent, qui est cependant un des indicateurs de la reprise de l'activité touristique avec notamment une saison de ski qui s'est transformée en une saison blanche.

Des perspectives encourageantes pour la reprise des voyages post-Covid-19 sont à signaler. Mais au Sénégal la cartographie des hôtels et des infrastructures montre un déséquilibre inquiétant. Sur 915 établissements hôteliers 70% sont entre Dakar et Thiès, et seulement 20% des réceptifs hôteliers sont concernés par la demande du tourisme locale. Ceci en dehors des séminaires et ateliers, ainsi que les "weekendnistes".
Or il faut la présence de 10 employés en service pour satisfaire les besoins d'un seul client. C'est vous montrer le poids des charges de l'hôtel lorsque le minimum de ratios en termes de remplissage et de couverts n’est pas atteint pour prendre en charge correctement le coût d'un client.
Il y a des taux de remplissage qui ne garantissent pas une qualité de service pour un nombre de clients inférieur au ratio de rentabilité.

Autre constat, le Sénégalais veut aller en vacance gratuitement à moins de vouloir payer le tarif d'un campement à la place d'un hôtel de 3 à 4 étoiles.
Les activités productives ne sont pas financées à grande échelle et les activités non productives représentent le gros lot des financements accordés aux acteurs par le gouvernement.
En accordant des moratoires et en différant les paiements d'impôts l'Etat du Sénégal atténue les difficultés de trésorerie auxquelles sont confrontées les entreprises touristiques en cette période de crise sanitaire. Cependant, ces efforts sont insuffisants devant l'ampleur des besoins financiers qui nécessite beaucoup de cash afin de soutenir les activités courantes et de faire face à la rareté de la clientèle. Il faut vraiment comprendre la gestion de l'hôtellerie et du tourisme pour mettre en place une véritable politique de développement économique et sociale de l'entreprise.

Malgré cette morosité du tourisme de proximité, le tourisme intérieur aura encore la côte cet été selon certains experts, et certains pays pourront encore compter sur une forte demande de la clientèle domestique. Est-ce le cas en Afrique ? Wait and see.

Concrètement, le continent apparaissait à la deuxième place des régions de croissance du monde pour le secteur touristique, en 2019, avec pas moins de 67 millions de visiteurs. Egalement, l’industrie du tourisme emploie plus de 24 millions de personnes sur le continent et représente environ 7,1% du PIB avec 169 milliards de dollars rapportés à l’économie africaine.

Pour maintenir cette dynamique de 2019, il faut :
De la recherche, de la prospective, de l'innovation avec les bonnes décisions qui placent l'homme qu'il faut à la place qu'il faut ;
Redessiner la carte du tourisme local et mondial ;
Rééquilibrer les zone d’investissement ;
Partager la taille des marchés émetteurs ;
Faire un focus sur les nouvelles tendances et les facteurs de croissances du digital et
Comprendre que la reprise se fera progressivement et ne compensera pas les pertes dès la première année.

Il faut s'armer d'ingéniosité et d'ardeur avec ce nouveau pilier du marketing touristique qui est la garantie de la sécurité sanitaire et du respect des protocoles sanitaires, autour d'un service de qualité, personnalisé au juste prix.
L'heure de la relance a sonné partout et elle commence par le tourisme interne et intracommunautaire, ensuite l’international avec plus d’originalité et de tranquillité, vers des régions plus sûres

Mouhamed Faouzou Dème
Expert en Tourisme

 

Commentaires (2)

Ce commentaire a été modéré par le modérateur du site

C'est très intéressant

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Analyse très pertinente. Mr Deme Faouzou toujours égal à lui même. Je suis toujours tes contributions à travers les journaux et réseaux sociaux. Vous maîtrisez parfaitement ce que vous dites car vous êtes un homme du secteur et oeuvrez toujours pour que ça aille de l'avant
Tous mes encourageants mon frere

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